Moi, face à une colonne de l’ombrière géante en acier poli, de Norman Foster. Le Vieux-Port,Marseille 2014


Ceci n’est pas un auto-portrait mais pourrait bien être une réflexion de ma véritable nature, telle qu’ à cet instant-là je la perçois .
A travers le miroir et l’objectif je vise mon image dans l’acier poli. Le capteur numérique de mon appareil n‘enregistre-t-il pas la fréquence vibratoire de mon action avec tout le rayonnement de l’ être photographe que je suis ? Comme une radio, je l’interprète.

Vibration du miroir qui retombe sur l’enregistrement d’un pixel; une longueur d’ondes formée de verticales parcourt cette image,jusqu’à la sortie du port de Marseille . Entre ciel et mer, une armée de mâts scande un air réfractaire, celui des drisses au repos. Au premier plan à gauche de l ’image, les silhouettes des passants devant les façades du vieux port semblent indifférentes à l’unique horizontale de l’image formée par l’éclat de mon objectif. Ma silhouette non figurée est entre deux mondes, entre terre, et mer, en équilibre.
Je lève l’ancre pour un voyage vers un inconnu que je reconnaitrai .

Je suis photographe auteure indépendante, formée au Zone - System d’ Ansel Adams et à la photographie Fine-Art dans le Maine aux Etats-Unis au début des années 80.
Ma vocation pour la mise en lumière d’objets du quotidien s’est affirmée notamment dans le marché publicitaire à Paris, où j’ai débuté en 1983.
La publicité a été un formidable creuset d’expérimentations visuelles toujours à la limite du possible, riche en rencontres et collaborations avec des personnalités créatrices et visionnaires.
J’ai été missionnée pour la fraicheur de mes reportages au sein d’unités de travail dans l’industrie, la recherche ou l’environnement, pour mes créations d’ambiances autour des produits cosmétiques et culinaires et pour des couvertures de livres pour lesquelles très rapidement j’ai eu carte blanche.

Dès 1998, je m’équipe de dos numériques remplaçant le plan-film dans les chambres grand format argentique.
Premières révélations:
Du mirage d’un possible voyage sur Mars (Ariane IV 1965) à son implication dans notre vie quotidienne,
la photographie numérique est le miroir de toutes les énergies qui circulent, au-delà de la vision humaine.
C’est le rayonnement des sujets photographiés, composé de milliards de particules que nous capturons sous formes de pixels.
Une bascule s’opère au moment du dé-matriçage (derawtisation) des fichiers dans mon laboratoire ....
Emergent silhouettes, ombres et allusions de présence suggérant l’existence de mondes parallèles où la distorsion, l'onirisme et le double sens prévalent.
L’un visible n’est pas une matière nouvelle - ni pour l’art, ni pour la science, ni sur le plan de la pensée théorique.
Nos outils d’investigation sont simplement plus puissants. Plus je maîtrise mon logiciel,
plus il pousse les frontières au-delà. Je réfute tout ce qu’il propose d’artificiel ( artefacts et autre sornettes)
pour toucher le coeur de mon sujet. L’objet devient sujet, doué d’une vie autonome perméable aux regards.

Depuis 2012, mon travail prend une tournure résolument artistique :
Délaissant le grain d’argent pour tomber amoureuse du pixel
je me suis enfuie du monde publicitaire pour convoler avec les mystères de la vie
sur lesquels ouvrent les capteurs numériques.

Libérée des contraintes de la reproduction du réel, je suis happée par la nécessité de fixer l’impermanence,
dans tous lieux de passage ou moments de transitions,
pour expérimenter et donner à voir les multiples mondes parallèles que nous traversons, peut-être.

Vers le ciel